Architecture ancienne & son évolution : Histoire de l’architecture au Québec

« L’architecture est le grand livre de l’humanité,
l’expression principale de l’homme
 à ses divers états de développement,
soit comme force, soit comme intelligence. »

Victor Hugo

« L’Architecture est la volonté de l’époque
transplantée dans l’espace »

Mies Van der Rohe

 

Maisons anciennes

Introduction

Mais pourquoi donc cet intérêt croissant pour les maisons anciennes? Je voudrais d’abord répondre ici d’une façon générale et je tenterai d’apporter ultérieurement plus de détails sur divers aspects de cette intéressante question.

Le respect des maisons anciennes fera de plus en plus partie de nos mœurs parce ce que ces maisons témoignent d’un passé dont nous voulons garder le souvenir. Elles reflètent nos traditions, notre style de vie, nos valeurs, en un mot, notre culture, une culture qui nous distingue. Notre héritage architectural, dans toute sa richesse, devient une source de fierté et la responsabilité de le conserver et de l’offrir en partage aux générations à venir fait maintenant consensus. Cet héritage traduit une partie de notre identité qui est à la base de ce que nous sommes aujourd’hui. Notre évolution au cours des ans, l’influence que nous avons exercée par l’attrait de nos réalisations nous démarquent des autres sociétés, forgent notre identité et nous aident à en prendre nous-mêmes conscience.

Je suis toujours très étonné par la qualité du travail des artisans que l’on découvre dans les constructions anciennes. Malgré l’utilisation de matériaux simples et naturels ainsi que d’outils, appareils ou équipements à technologie rudimentaire, il est très impressionnant de constater le soin que les artisans ont mis à construire les maisons d’autrefois. On ne se permettait pas de laisser tomber des détails afin de simplifier la construction car on avait le souci de bien faire les choses et de rechercher la beauté du résultat. Les artisans avaient la fierté de faire un travail minutieux jusqu’aux moindres détails et l’esthétique faisait partie intégrante des projets. L’ornementation constitue justement un élément clé dans les maisons historiques. Elle était nécessaire pour donner un style aux maisons et assurer leur beauté finale. Les proportions ainsi que les symétries naturelles ajoutaient également à l’attrait visuel.

Souvent les maisons anciennes qui sont rénovées perdent des détails qui en établissaient la personnalité. Avec des matériaux sans vie et la perte de leurs moulures ornementales les maisons perdent tout leur charme. Pour une rénovation respectueuse, il faut conserver et rehausser les éléments qui sont à l’origine du caractère distinctif de chaque maison. Il n’est pas nécessaire d’en faire un musée mais il est important d’en respecter les éléments caractéristiques.

Grâce à une approche architecturale et patrimoniale concertée, toute restauration visera à bien s’insérer dans le contexte des rues et des quartiers des municipalités ou villes. Les sites seront considérés en relation avec les voisins et on cherchera à ce que chaque maison contribue, beaucoup mieux que prise isolément, à la mise en valeur des autres dans un ensemble cohérent. Lorsqu’un regroupement de maisons réussit à établir un vocabulaire architectural élégant et puissant, l’impact devient d’autant plus remarquable.

Les maisons anciennes confèrent donc, de fait, à leurs propriétaires, une responsabilité patrimoniale, celle de les respecter et de les préserver afin d’offrir à leurs concitoyens un témoignage de leur passé et de leurs racines. C’est une responsabilité envers la société à tous les niveaux. Face à la collectivité en général et plus concrètement face à la municipalité qui bénéficie de la présence de ces témoins du passé dans la vie et la croissance locale.

Le chauffage central, la plomberie intérieure, l’eau courante chaude et froide, l’électricité et les ascenseurs n’existaient pas avant 1890 et étaient déjà largement répandus en 1920.

 

Restauration de bâtiment

Introduction

Dans la réalisation des projets en restauration de bâtiments, nous appliquons d’abord les approches générales que nous considérons valables telles l’efficacité énergétique, la rentabilisation des investissements, la qualité, la durabilité et l’esthétique. Mais les projets en restauration de bâtiments sont aussi l’objet de considérations particulières. C’est sur ces dernières que nous voulons nous attarder dans cette section.

La définition des besoins

Habituellement, les besoins dictent sans contraintes la conception des ouvrages mais, en restauration, nous avons la contrainte majeure de tenir compte de l’existant dans la recherche d’une utilisation ou d’une nouvelle vocation d’un bâtiment ancien. C’est un défi dans lequel nous devons tenir compte des directives et recommandations établis par le client.

 

Les exigences et recommandations

  • Nous devons nous conformer à toutes les exigences relatives aux mesures de conservation des patrimoines culturels.
  • Nous devons considérer divers documents tels
  • Les lois relatives au patrimoine
  • Les règlements nationaux, provinciaux ou municipaux applicables.
  • Les programmes particuliers de conservation.

Les aspects particuliers en restauration de bâtiments

Nous avons retenu certains aspects que nous considérons plus particuliers aux projets en restauration de bâtiments. Ce sont les suivants :

  • l’aspect conservation,
  • l’aspect protection,
  • l’aspect intégration,
  • l’aspect modernisation,
  • l’aspect sécurité.

Dans les lignes qui suivent, nous présentons diverses considérations sur ces aspects qui, dans le concret, façonnent la spécificité des projets en restauration de bâtiments.

L’aspect conservation

Conserver le plus possible les éléments existants et s’inspirer des détails d’origine. Chaque bâtiment à ses caractéristiques distinctes. Ce sont elles qui donnent la personnalité à chaque œuvre et il est essentiel de les saisir et de les respecter. On veut que le bâtiment conserve sa personnalité. Par le respect de son intégrité, on permettra qu’il projette plus clairement son image. Il faut discerner et exploiter les détails qui le distinguent et le rendent remarquable. Chaque lieu a ses forces et ses faiblesses et il est important de s’assurer que les forces sont mises en évidence pour bien les apprécier.

L’aspect protection

Les éléments à conserver doivent être bien protégés lors des travaux et la planification des étapes doit suivre une progression logique. Les modifications doivent être faites en conjonction avec les besoins et la facilité des lieux de s’adapter harmonieusement aux changements. Les procédés qui sont moins envahissants devront être considérés en premier lieu pour de ne pas affecter négativement l’intégrité architecturale des lieux.

L’aspect intégration

Comment intégrer les nouveaux éléments avec les anciens et marier les styles existants avec les nouvelles interventions pour assurer une harmonie de l’ensemble des éléments? Évidement, le caractère ancien du bâtiment doit dominer, mais les éléments qui sont ajoutés doivent l’être d’une manière complémentaire pour éviter l’incongruité. On ne veut pas dire que toutes les interventions doivent maintenir l’aspect d’origine parce ce qu’on ne cherche pas à faire un musée, mais elles doivent refléter l’évolution du bâtiment dans sa réponse aux changements pour rester bien adapté au cours de sa vie. En faisant face aux nouvelles réalités et aux attentes différentes le bâtiment est transformé et adapté pour une nouvelle époque en combinant les anciens et les nouveaux éléments dans un tout cohérent. Le défi est l’intégration discrète d’éléments que les espaces n’ont pas connus à l’origine.

L’aspect modernisation

Savoir utiliser les nouvelles technologies sans perdre le cachet ancien pour rendre le bâtiment plus fonctionnel et l’adapter aux normes d’aujourd’hui. Les nouvelles normes et exigences qui s’appliquent aux bâtiments les rendent plus sophistiqués à bien des niveaux. La technologie prend beaucoup de place dans notre société et nos lieux bâtis n’y échappent pas. C’est toutefois avec discernement qu’il faut appliquer les nouvelles rigueurs dans les bâtiments anciens. Il faut qu’ils demeurent relatifs à leur temps et qu’on puisse tout à la fois les utiliser sans compromis pour notre qualité de vie moderne actuelle. S’il est l’objet d’une modernisation bien dosée, un bâtiment ancien est souvent même source d’éducation et d’inspiration pour les utilisateurs.

L’aspect sécurité

Intégrer des stratégies physiques et des systèmes de détection de fumée, d’alarme incendie, d’éclairage d’urgence et possiblement d’anti-intrusion. Une autre considération importante est l’élimination du danger dans les bâtiments. Les accidents et blessures doivent être évités par un souci des détails pour minimiser les risques. Il faut réaliser que les mesures de sécurité ont évolué pour plus d’efficacité et mieux protéger le public. Les mesures appliquées dans notre pays sont très rigoureuses et ne sont pas arbitraires et il est requis de les appliquer pour rendre un bâtiment conforme. Dans un contexte existant, il n’est pas toujours évident de la faire facilement et d’une manière opportune. C’est le respect du bâtiment qui est primordial pour assurer que ce ne sont pas les changements qui dominent.

Salle de bain

La cuisine et la salle de bain sont deux espaces importants et grandement appréciées dans une maison. Ces pièces doivent répondre à de nouveaux critères et des équipements et appareils qui modifient leur utilisation et aménagement. Les autres lieux peuvent être facilement décorés par le locataire mais, la cuisine et la salle de bain par leur équipement intégré aux pièces imposent de façon relativement permanente les choix et goût du concepteur. Les choix dans l’aménagement de ces deux pièces doivent être pensés soucieusement avec un soin particulier à cause de leur coût élevé et à une grande gamme de goûts. Autrefois, la salle de bain était de grandeur minimale et fonctionnelle. Aujourd’hui, les gens préfèrent des salles d’eau plus spacieuses avec parfois deux éviers une table de maquillage et des espaces de rangement. De plus, en plus on y trouve un bain tourbillons encastré et surélevé pour faciliter l’entretien et la douche est à part. La salle de bain n’est plus un espace réservé  pour les soins hygiéniques mais aussi un lieu de détente qui offre un répit aux situations stressantes de notre quotidien. L’attention apportée aux détails ajoute d’autres éléments de confort comme un plancher chauffant, un ventilateur, une prise coupe-circuit qui permet l’utilisation de différents appareils électriques. Souvent on aime avoir une porte communicante avec la chambre des maîtres.

Cuisine

La cuisine est maintenant un laboratoire sophistiqué qui permet la préparation rapide de nourriture. C’est un lieu de concentration des appareils électroménagers et d’équipement spécialisé pour différentes préparations de mets. Cet équipement demande des endroits de rangements, des fois un four encastré en dessous du four micro-ondes et des plaques chauffantes intégrées au comptoir. Les armoires et comptoirs offrent de multiples options pour bien ranger les ustensiles et être facilement accessible. Il faut prévenir une espace pour le lave-vaisselle. Les gens aiment les cuisines bien éclairées et agréables à y travailler. L’éclairage naturel est souhaitable et un bon éclairage électrique est essentiel. Pour travailler au comptoir l’éclairage provenant en dessous des armoires est bien. C’est la pièce la plus importante du logement et en doit y donner une attention spéciale.

Rénovation

L’architecture est une réflexion de notre société qui est toujours en évolution, c’est pourquoi l’architecture doit aussi évoluer pour mieux répondre à ces tendances. Nous avons une société qui est de plus en plus âgée, les couples décident d’avoir des enfants plus tard et la famille sont moins grandes, toutes ces influences ont des répercutions importantes sur l’architecture. Par exemple, une diminution du nombre de chambres, en même temps les gens demandent des espaces plus spacieux, plus aéré et plus claire.

Pour mieux répondre à ces exigences on peut des fois enlever une chambre et diviser l’espace pour agrandir une autre chambre ou une salle de bain etc. On peut aussi enlever une partie du mur du couloir pour ouvrir le salon, ainsi que les murs entre la cuisine, la salle à manger et le salon peuvent être enlevés pour agrandir les espaces et permettre plus de flexibilité dans l’organisation des meubles. La flexibilité d’aménagement est importante car les gens exploitent mieux leur habitat pour une gamme de fonctions. On voit souvent un coin de lecture, de conversation, un bureau, cinéma maison, et une salle d’exercice. Ces espaces doivent accommoder des équipements sophistiqués comme les systèmes de son, les magnétoscopes et les ordinateurs.

Dans un bâtiment qui existe depuis un certain temps, il y a des améliorations qui s’imposent éventuellement. Les fenêtres sont un élément architecturalement très important du côté énergétique et esthétique du bâtiment. Les améliorations techniques des fenêtres permettent un meilleur confort thermique et acoustique à l’intérieur.

Bâtiments existants

Les bâtiments existant ont souvent des avantages, on trouve dans les bâtiments d’un certain âge des détails architecturaux qui donne un charme qu’on ne trouve pas dans les bâtiments récents. Souvent la richesse architecturale se trouve dans les moulures de bois alentour des fenêtres et des portes. Aussi on peut trouver des planches de bois franc qui peuvent être sablé et retrouver leur charme d’origine. En plus il peut avoir des détails en plâtre. Si on détermine ces qualités esthétiques on peut les mettre en valeur en les décapent ou en les peignant d’une autre couleur, subtilement, les murs et les plafonds. En mettent en valeur les matériaux nobles comme le bois on peut exploiter la beauté qu’on ne retrouve pas dans les bâtiments nouveaux. L’entrée du bâtiment est un point qui établit l’impression première pour le reste du bâtiment. C’est important de bien soigner cette espace comme le reste des espaces publiques pour créer une ambiance de fierté et respect.

Conclusion

  • Respect des traditions

Lors des consultations et de la définition des besoins, nous verrons comment particulariser cette vision des projets en restauration pour l’adapter au contexte spécifique de chaque projet. C’est une responsabilité morale pour la société de respecter les traditions culturelles reflétées dans l’architecture. C’est avec égard et respect que nous témoignons de notre passé pour bien vivre le présent et préparer le futur.

 

Architecture québécoise : les premières maisons de Nouvelle-France face au climat

Influence européenne

Les premières maisons d’établissement en Nouvelle-France étaient rudimentaires, destinées à des fins temporaires, simples et rapides à construire. En forme de petit carré avec toit de quatre versants en pente forte, elles avaient un volume restreint. On utilisait les matériaux disponibles comme le bois ou le chaume pour le toit et la pierre des champs ou le bois rond pour les murs. Le bois était plus populaire que la pierre parce qu’il isolait mieux. Il fallait cependant apporter une attention spéciale aux fentes entre les rondins pour les rendre plus étanches. Mais la plus grande faiblesse thermique résidait dans les fenêtres en parchemin ciré ou en papier épais qui donnaient une lumière diffuse. En raison de leur faiblesse thermique, leur nombre et leur grandeur étaient très limités et des volets ou contrevents servaient à les protéger.

Après avoir pris racine et établi leur famille, les premiers colons avaient besoin d’une maison permanente plus grande. Les premières maisons permanentes, érigées de 1608 à 1780, s’inspiraient de celles des provinces de l’ouest de la France où sont situés les ports de mer et les lieux d’embarquement pour la Nouvelle-France. On peut généraliser en disant qu’il y a eu deux variantes régionales françaises, celle de Normandie essentiellement établie dans la région de Québec, et celle de Bretagne qui s’est manifestée surtout autour de Montréal. Ces maisons comportent des détails communs mais on s’arrêtera plus à celle d’origine normande.

La maison normande était simple, massive, de forme rectangulaire d’un niveau avec un toit d’angle aigu (45°-55°). Le toit débordait très peu des murs et son comble servait comme remise. Le rez-de-chaussée était au niveau du sol. Il n’y avait pas de fondations profondes ni de cave. En raison du chauffage inefficace et du manque d’isolation et de calfeutrage, la maison était petite et les plafonds bas afin de diminuer l’espace à chauffer. Le gros foyer central prenait plus d’importance mais il chauffait mal et les grosses cheminées aspiraient la chaleur. Compte tenu de la mauvaise circulation de la chaleur, les divisions intérieures se limitaient donc, à toutes fins pratiques, à une salle commune et à une chambre des maîtres.

Les fenêtres étaient plutôt présentes en façade d’orientation sud et on limitait les ouvertures sur les pignons et les murs soumis aux grands vents. Au 18e siècle, les fenêtres de carreaux de vitre avec des volets étaient plus grandes mais toujours limitées en nombre à cause de leur inefficacité thermique.

La réalité climatique d’ici

Les premiers colons d’Europe ont apporté avec eux leurs concepts d’architecture mais ils ont dû se rendre à l’évidence qu’ils ne convenaient pas au nouveau climat d’ici. Même si leurs maisons ont subi certaines adaptations au climat québécois, plusieurs de leurs caractéristiques devaient être remises en question et des changements radicaux s’imposaient pour créer un nouveau modèle de maisons québécoises qui répond mieux aux besoins dans un contexte climatique rigoureux. Les conditions étaient différentes et c’est normal que le design de la maison ait réagi face à cette réalité. De ces origines naîtra la maison québécoise.

Il y a plusieurs facteurs d’évolution de la maison d’inspiration française à la maison québécoise. Dans la Nouvelle-France, il fallait tenir compte des matériaux et des outils disponibles ainsi que des artisans qui changeaient leurs techniques de construction et leur manière de faire. Différentes influences culturelles et de nouvelles habitudes de vie privée et sociale ont aussi affecté la conception de l’espace intérieur. Mais les plus grands changements furent provoqués par le climat d’hiver.

Le climat du Québec est beaucoup plus sévère que celui de la France et les bâtiments sont soumis à des conditions très variées. Ils doivent pouvoir affronter les gels et les dégels, la pluie du grésil au verglas, la grosse neige humide et lourde ou la neige sèche et fine qui s’infiltre par vents forts, les grands écarts de température durant la même journée pouvant provoquer le gel de l’eau infiltrée dans la pierre et le mortier, ce qui les faisait éclater, etc. Avec un hiver long et froid, un été court et chaud, un printemps et un automne très variables, les nouvelles exigences pour les bâtiments étaient nombreuses et parfois complexes.

 

Évolution de l’architecture domestique

L’architecture traditionnelle en harmonie avec l’environnement

Depuis le début des temps, l’être humain a dû s’abriter pour se protéger de son environnement climatique. On peut noter, pour répondre aux exigences dans l’architecture traditionnelle, l’originalité et la simplicité des habitats construits de façon compétente et ingénieuse avec les outils et les ressources disponibles. Leur utilisation était adaptée avec sagesse et imagination aux conditions et aux besoins. En effet, les habitats étaient construits avec les matériaux du milieu, ils s’y intégraient et lorsque leur vie utile s’était écoulée, ils retournaient à la nature comme la continuation logique des cycles de la vie. Ainsi les peuples aborigènes nomades qui avaient des abris temporaires afin de pouvoir les transporter d’une place à une autre ont démontré beaucoup d’ingéniosité. Leurs habitats, abris ou refuges, étaient vraiment un bon exemple d’adaptation à leur environnement pour répondre à leurs besoins.

Avec le temps, notre civilisation a évolué et notre technologie nous a permis plus de possibilités de confort et aussi plus de salubrité. Jusqu’à récemment, notre société était agricole et nos ancêtres sur les fermes étaient très près de la nature. Cette symbiose avec l’environnement duquel ils étaient si dépendants se refléta naturellement dans leur architecture. On peut le constater facilement en faisant un tour de l’Île d’Orléans ou en circulant dans la campagne. L’architecture s’intégrait à la nature selon le gros bon sens parce qu’il était plus logique de collaborer avec l’environnement que de le confronter.

Nos ancêtres ont transformé les modèles d’architecture qu’ils ont connus en France pour les adapter aux conditions d’ici. Même dans les maisons modestes, on pouvait remarquer qu’un style particulier se dessinait. (La suite logique de toute cette évolution fut la maison québécoise.) Suite à la conquête en 1760, l’architecture a été influencée par la culture anglaise. Certains détails comme la mouluration autour des ouvertures sont intégrés et de nouveaux styles sont carrément empruntés tels le palladien, le monumental, le cottage regency (anglo-normand) et le victorien.

Avec l’indépendance des États-Unis en 1775, des loyalistes ont émigré au Québec et y ont introduit les inspirations architecturales de Nouvelle Angleterre et plus tard le style du toit mansarde se propager. À partir de la fin du 19e siècle, avec les chemins de fer, plus de québécois vont aux États-Unis pour travailler et reviennent avec des notions architecturales empruntées de là-bas. L’information circule aussi plus librement par le biais des revues agricoles qui montrent les nouveautés de l’architecture américaine. Il en résulte une forte influence américaine sur notre architecture domestique.

Évolution suite aux nouvelles technologies

Cette architecture domestique est également influencée par l’industrialisation de la société, passant d’un mode de vie agricole à un mode de vie industriel et de plus en plus urbain. Avec les avances de la technologie pour le chauffage et l’isolation, les gens ont même développé une certaine indépendance de l’environnement. Les nouveaux matériaux comme l’asphalte, les isolants efficaces, le béton, l’acier et les feuilles d’amiante ont donné plus de flexibilité dans l’expression architecturale. La grandeur, les aménagements de ces adaptations étaient possibles grâce aux améliorations importantes apportées au chauffage par les poêles à bois. Grâce à des améliorations technologiques dans la construction et le chauffage, d’autres modèles d’architecture pouvaient être introduit dans notre climat.

Au milieu du 19e siècle, l’utilisation de la couverture en membrane a permis de faire des toits à faible pente et de ramener par la suite l’eau à l’intérieur de la maison par des drains de toit. Cette technique a permis de mettre au point des modèles urbains d’habitation qui solutionnent les problèmes de déversement de neige et de glace sur les trottoirs.

Détails témoins d’une époque

Certains détails témoignent des façons de construire propres à son époque d’origine ou révèlent des modifications apportées au fil des ans. Les fondations de béton ont été popularisées au début du 20e siècle; auparavant, elles étaient en maçonnerie de pierre.

Le vide sanitaire indique que la construction date d’avant 1900, notamment en région rurale. Les poutres ou solives du plancher du rez-de-chaussée grossièrement équarries à la hache ou même faites de troncs d’arbres avec leur écorce nous ramènent avant les années 1870. Les traces de coupe antérieures à 1870 seront le fruit de l’utilisation de la hache, de l’herminette ou de la scie verticale (la scie de long). Une poutre de cette époque peut ainsi avoir quatre faces équarries à la hache et parfois une ou deux faces qui arborent des traits de scie parallèles, indice de l’emploi de la scie de long.

Avant les années 1870-1880, les clous étaient forgés et leur corps était carré avec une tête martelée (aussi appelée tête rosacée). Aux 18e et 19e siècles, les clous forgés ont été trapus et grossiers. Le perfectionnement de la machinerie au début du 20e siècle donnera des clous coupés plus réguliers. Vers 1920 apparaît le clou à fil d’acier, au corps rond et de même épaisseur, dont l’usage est courant de nos jours.

Les larges planches appartiennent davantage aux 18e et 19e siècles alors qu’un revêtement de petites planches embouvetées avec rainures en V caractérise la fin du 19e et le début du 20e siècle, tout comme le revêtement de linoléum.

Un déclin de bois avec un quart de rond mouluré sur le bord apparent appartient à la première moitié du 19e siècle. La taille dite ‘’vermiculée’’ se retrouve sur les bâtiments commerciaux prestigieux de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Des bardeaux d’amiante-ciment posés à l’horizontale ou en oblique indiquent une construction ou une intervention de modernisation qui date des années 1920-1940, tout comme le ‘’papier brique’’.

Au bas des murs, une plinthe de bois large et haute avec un profil élaboré rappelle l’époque victorienne de la deuxième moitié du 19e siècle.

Les lattes étaient fendues jusque vers 1870, puis elles ont été sciées. Le gypse du début du 20e siècle contenait du crin de cheval, alors que le crépi du début du 19e comporte de nombreuses traces de morceaux de chaux imparfaitement mêlés au mélange.

L’ardoise est de la fin du 19e et du début du 20e et la tôle à la canadienne de la fin du 18e à la fin du 19e. La tôle à baguette a été utilisée à compter du dernier quart du 19e et la tôle à joint pincé, au tournant du 19e et dans la première moitié du 20e siècle.

Les premières maisons construites hors des villes ne comptaient qu’une seule pièce habitable souvent exposée au sud. Puis au 18e siècle, la maison crût : à la première section, souvent en bois, s’ajouta une seconde, parfois en pierre, avant que, la prospérité aidant, on reconstruise aussi la première section en pierre. Cet habitat agrandi comptait deux pièces contiguës : la ’’salle’’, plutôt dévolue aux activités quotidiennes- son usage survit dans la cuisine, pièce familiale par excellence encore aujourd’hui- et la ‘’chambre’’ plus privée puisque l’on ne pouvait y accéder qu’en traversant la ‘’salle’’. Le 18e siècle apporta cependant un nouveau confort : le corps de logis double, grâce auquel la maison pouvait aussi être agrandie en profondeur.

Des espaces tampons comme les remises, les laiteries et parfois les cuisines d’été étaient disposées vers les endroits froids et venteux. Des sas d’entrée étaient encore mieux qu’une double porte.

Les grandes avancées de toiture (larmiers) qui protégeaient la galerie servaient comme pare-soleil en été.

Évolution des styles architecturaux à travers les années

Les Anglais et les Écossais ont fait que l’espace habité s’y distribuait autour d’un hall qui, puisqu’il desservait directement chaque pièce, y favorisait la vie privée. Pavillonnaire (detached house) en milieu rural, la maison s’aligna ‘’en rangée’’ en ville. Elle formait alors avec ses voisines une ‘’terrasse’’ alignement séparé de la rue par une marge de recul et normalement desservi par des ruelles. La maison des champs vit son intérieur adopter une distribution symétrique des pièces autour d’un hall central. Plus ouverte grâce au perfectionnement des systèmes de chauffage, la silhouette de la maison rurale s’assouplit et son toit se prolongea de larmiers incurvés recouvrant, sur les façades avant et arrière, les ‘’galeries’’ devenues synonymes de villégiature.

Au début du 20e siècle, la mode était « Boom town houses » ensuite, les années ’30, le style international. Vers le milieu du siècle, notre architecture domestique a perdu son caractère québécois traditionnel. Nos nouvelles habitudes de vie se reflètent sur nos conceptions de l’aménagement intérieur. À partir des années ’40 et ’50, un style international rococo d’architecture devient populaire et s’implante ici comme ailleurs. Dans les années ’60, le style américain des maisons ranch de Californie devient la mode.

Toutes ces modes étrangères importées ont été remises en question par la crise du pétrole dans les années ’70 alors que le coût de l’énergie a grimpé en flèche. Tout à coup, on réalise que nos maisons ne sont pas si efficaces énergétiquement et elles coûtent cher à chauffer. Il y a aussi eu un court retour à la maison québécoise traditionnelle qui, enracinée dans notre passé, apportait un sentiment de sécurité. Pour contrer l’étalement et le coût du terrain, les lots deviennent plus petits et ça devient plus rentable de construire des maisons plus efficaces de deux étages. Pendant les années ’80 et ’90, les modes changent encore, cette fois, du postmoderne au recyclage d’ancien style connu le cottage anglais ou au victorien.

Mais toutes ces modes ne s’appliquaient pas efficacement chez-nous. Une remise en question environnementale se traduisit par la recherche d’une nouvelle architecture québécoise née de nos besoins, de nos conditions climatiques et de nos traditions culturelles. Cette vision moderne resta cependant marginale à cause de notre tendance à regarder ailleurs et à nous inspirer par les styles de vie d’ailleurs.

Nous avons vu que de nombreux styles architecturaux ont été empruntés d’autres cultures et climats et implantés ici comme modes passagères. Mais nous sommes maintenant plus matures comme peuple et pouvons être plus indépendants et confiants dans notre propre expression architecturale. Ainsi, au lieu de nous laisser trop influencer par ces tendances étrangères à notre environnement au point de les suivre aveuglément nous devrions retourner à une approche fondamentalement liée à notre climat et à nos valeurs comme société pour développer une nouvelle architecture proprement québécoise, efficace, saine et respectueuse de l’environnement.

 

Quelques notions techniques

Les fondations

En général

Les fondations représentent un des éléments importants d’une maison. Il faut s’assurer périodiquement que les murs de fondation ainsi que les supports à l’intérieur conservent une solide assiette.

Notre climat rigoureux produit des périodes de froid intense en hiver. Le gel peut pénétrer à quatre pieds dans le sol mais, sans couverture de neige, il peut descendre jusqu’à six pieds. L’assise d’une fondation qui gèle en hiver et dégèle au printemps provoque des mouvements d’expansion/contraction qui font bouger inégalement le sol. Cela peut provoquer des bris et un dénivellement de la maison. Pour avoir un empattement sans problèmes, il faut creuser assez bas afin que l’épaisseur de la terre isole la fondation. Les maisons, conçues au début avec des vides sanitaires, furent plus tard, dotées de sous-sols pour profiter d’un espace supplémentaire. Autrefois dépourvus de matériaux isolants, sans éclairage et sans ventilation naturelle, ces sous-sols étaient froids et humides. Maintenant, avec des membranes et de l’isolation sur les murs de fondation, des drains agricoles autour de l’empattement et un pare-vapeur isolant sous la dalle du plancher, les sous-sols peuvent être très confortables, chauds, secs et sains.

Les fondations d’autrefois

Dans une maison traditionnelle, dont les fondations sont en pierre, leur bon état s’observe par l’absence de fissures et la présence de murs bien droits. Si tout est solide et de niveau, seules des fissures peuvent apparaître. Il ne faut pas s’en inquiéter car, même dans de nouveaux bâtiments, on observe un affaissement minimal uniforme les premières années. Lorsqu’une maison s’affaisse inégalement, la correction devient difficile et coûteuse. Il faut alors consulter un expert afin d’identifier les problèmes et de trouver les solutions.

Souvent, des sources de chaleur au sous-sol évitent que l’espace ne soit trop humide et que l’empattement gèle en hiver. L’installation d’un déshumidificateur, particulièrement au printemps et en été, peut aussi aider à garder une humidité modérée.

Autrefois, la hauteur des sous-sols n’était pas élevée et les gens ont eu tendance, avec le temps, à creuser de plus en plus profondément pour dégager de l’espace. Lorsque des grosses pierres forment l’empattement, il est important de ne pas creuser tout à côté afin d’éviter un éboulement du mur. S’il faut excaver plus bas que la limite inférieure de la fondation, il faut garder une distance égale à la profondeur à creuser. Cela implique de ne pas modifier le sol sur un angle de 45 degrés de la base de l’empattement. Par la suite, une tablette en béton peut être coulée pour faire la jonction entre le mur et le nouveau plancher.

Les poteaux soutenant les poutres du plancher doivent avoir une semelle aussi large que l’empattement qui les supporte. Souvent, on trouve ces poteaux ou troncs d’arbre appuyés sur la dalle de béton du plancher ou sur un morceau de bois posé sur le sol. Le bois en contact direct avec le sol a tendance à pourrir et s’abaisse avec le temps. S’il n’est pas possible de faire des empattements pour de nouvelles colonnes, il vaut mieux appuyer les colonnes sur des plaques d’acier pour répartir le poids sur une plus grande superficie et moins risquer de fissurer la dalle de béton. Évidemment, plus il y a de colonnes, moins grande est la portée de la poutre et moins lourde est la charge sur chacune des colonnes et de leur base.

Il arrive souvent que le bois, en contact avec le béton ou avec le sol, commence à pourrir ou s’écrase en menaçant le plancher. Si l’humidité entre en contact avec des madriers ou des solives, ceux-ci peuvent aussi pourrir. Quand c’est le cas, la pourriture peut avoir fait des dommages dans des endroits difficiles d’accès.

Il arrive souvent que les planchers des vieilles maisons ne soient plus de niveau, étant donné les mouvements qui se produisent dans la fondation et sur les supports. Il est très difficile de mettre des murs de fondation à niveau, mais il est plus facile de faire des ajustements aux piliers situés au milieu de la maison. Si les vieux piliers sont remplacés par des colonnes en bois vert, il faut prévoir que la longueur des poteaux va diminuer avec le séchage. Il vaut mieux mettre des colonnes rondes en acier, ajustables et  »vissables » pour corriger les dénivellations. Les poutres qui s’affaissent avec le temps peuvent être redressées partiellement, mais leur flexibilité est limitée et une certaine déformation persistera. Visser les colonnes et redresser les poutres prend du temps car il faut permettre à la poutre de s’ajuster doucement. Si la limite de redressement de la poutre est dépassée, des fissures et des stress vont se développer sur les points d’arrimage plancher/fondation ainsi qu’aux étages supérieurs.

Enfin, l’isolation d’une fondation est mieux réussie de l’extérieur mais, lorsque les fondations sont en pierres, il faut prendre soin de les préserver visuellement afin de conserver l’aspect esthétique de la fondation. S’il n’y a pas d’infiltrations d’eau, il est plus facile et moins coûteux d’isoler de l’intérieur. Bref, prévenir coûte bien moins cher!

Le drainage

L’importance d’un bon drainage

Les problèmes de drainage représentent un des éléments les plus destructeurs pour une maison. Une saine gestion du drainage autour d’une maison peut prolonger en la vie, diminuer le coût des réparations et protéger la santé de ses occupants.

En effet, l’eau peut détériorer des matériaux et causer des problèmes de moisissures, néfastes pour la santé. C’est évident si le toit coule ou si le parement se dégrade. Cependant, il n’est pas toujours facile de constater les problèmes au niveau du sol. Parfois, les fuites d’eau au sous-sol sont un indice mais, plus subtilement, ce sont les odeurs d’humidité qui obligent à se poser des questions. La pourriture de la rive et du bas des murs extérieurs est parfois difficile à détecter. Menaçant l’intégrité architecturale de l’enveloppe du bâtiment, ce problème est sérieux et toujours onéreux à corriger.

La principale cause des problèmes d’eau consiste dans le manque d’espace pour l’égouttement de l’eau à la surface du bâtiment. La pente du sol en gazon devra être de 5% ou 3/4’’ par pied pour éloigner l’eau du bâtiment. Il arrive que les gens ajoutent des plates-bandes de végétation autour de la maison, haussant ainsi le sol en contact avec le revêtement. Or, aucun revêtement ne devrait être en contact avec le sol (incluant la brique et la pierre) et son dégagement devrait être d’au moins trente centimètres, à moins que la fondation n’émerge du sol. La même règle s’applique aux fenêtres du sous-sol pour diminuer les risques de pourriture du cadre ou l’infiltration. Autrement, une margelle doit être envisagée.

Avoir plusieurs stratégies de défense importe pour diminuer les dégâts d’eau. Il ne faut pas compter sur le drain agricole l’hiver pour protéger la fondation étant donné que le sol est gelé. Le pire cas peut survenir en mars quand il pleut et que l’eau ne peut pénétrer dans le sol. Mais la loi de la gravité étant, de tout temps opérante, il faut savoir en profiter. Par exemple, il arrive très souvent que le problème d’une pente négative vers la maison soit le fait de l’abaissement c’est-à-dire de l’usure du remblai de fondation alors que le niveau du terrain, soumis à la décomposition des coupures du gazon, a fini par s’élever. Soulignons que les gouttières et leurs descentes doivent porter l’eau loin de la fondation. Si le toit n’a pas de gouttières, l’eau gruge le sol le long de la maison. Il convient donc de corriger cela, soit en élevant le mur de fondation, soit en abaissant le sol au delà de trois mètres du mur de façon à avoir un système qui canalisera l’eau à l’endroit voulu.

S’il y a une source d’eau souterraine ou si la nappe phréatique est élevée, le drain agricole (drain français) devient une nécessité. Mais dans les anciens bâtiments, le drain, s’il existe, est souvent écrasé ou bouché par des racines. De plus, il arrive que la terre d’excavation qui retient l’eau soit utilisée pour le remblai. La solution la plus onéreuse consiste alors à excaver autour de la maison et à mettre un nouveau drain agricole. Si la fondation est en béton (ce matériel agit comme une éponge absorbant l’eau par capillarité) il faut d’abord réparer joints ou fissures de la fondation et y ajouter une couche imperméabilisante ou une membrane filtrante qui agit comme un géotextile pour empêcher le blocage des trous du drain. Le drain devrait avoir une pente afin que l’eau puisse s’écouler. Les gouttières ne devraient jamais être reliées à ce drain et, si elles sont enterrées, il faudrait prévoir un système d’évacuation indépendant. Le remblai devrait être en sable, bien tassé par couches, à tous les pieds. Idéalement, le gravier devrait être préféré au sable parce qu’il qui ne retient pas d’eau du tout et, à la surface, une couche de terre d’une épaisseur de 30 centimètres pourrait être ajoutée.

Mentionnons, pour terminer, que des problèmes surviennent parfois dans des conditions climatiques exceptionnelles. Il serait dommage de risquer la détérioration de la maison ainsi que la santé de ses habitants alors que des mesures préventives pouvaient être prises. En gardant le sol sec autour de la maison, on peut s’éviter bien des ennuis!

Leslie ArchitecteArchitecture ancienne & son évolution : Histoire de l’architecture au Québec